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Emergence de l'édition en ligne
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Pour comprendre le phénomène, il faut d'abord étudier son évolution aux Etats-Unis. En effet, la plupart des journaux et magazines américains ont d'abord été de farouches partisans d'une sévère censure du Net. Jusqu'en 1995, les éditorialistes décrivent le réseau comme des lieux de débauche où s'expose la pornographie mondiale, où l'activité criminelle peut aisément s'organiser. Puis, entre 1995 et 1996, le ton de la presse à l'égard de l'Internet a radicalement changé, comme le décrit Claude Leblanc (responsable de la rubrique Multimédia à Courrier international) : « Les réactions extrêmement négatives des grands journaux comme le Washington Post à la signature par Bill Clinton du " Decency Communications Act " (loi sur la décence des communications), en février, visant à réglementer la diffusion de matériel jugé obscène sur le Net, illustrent le total renversement de tendance observé par les médias d'outre-Atlantique. L'intérêt économique d'Internet ne leur échappe pas non plus. Du New York Times au San Jose Mercury News, il est de bon ton aujourd'hui de montrer à quel point le réseau mondial est générateur de profits, en particulier pour les entreprises américaines pionnières dans le domaine. » Dans cette article, le journaliste analyse l'image d'Internet d'un continent à l'autre. Au Japon, les grands journaux, Yomiuri Shimbun, Asahi Shimbun et Mainichi Shimbun, ont créé des versions électroniques et ont ouvert des rubriques entièrement consacrées au multimédia dans leurs pages. Le Nikkei Sangyo Shimbun, qui s'adresse aux cadres, consacre désormais un tiers de sa « une » et les deux pages suivantes au cyberespace. La presse japonaise voit plutôt d'un bon il ce développement de l'Internet. Mais elle s'interroge sur le danger qu'il peut représenter pour l'avenir du Japon et de sa culture. Une crainte similaire (perte des valeurs asiatiques) se retrouve dans la presse singapourienne et chinoise. En Australie, les distances ont fait d'Internet un moyen idéal de communication, le rendant sympathique aux yeux des journaux locaux. Ainsi, le Sydney Morning Herald ou The Age disposent de sites sur le Web et consacrent des rendez-vous hebdomadaires au Net. Sortir de sa sphère géographique En Europe,de l'Irlande à la Suède, en passant par l'Italie et l'Espagne, Internet est perçu comme un moyen de se faire connaître et de sortir de sa sphère géographique. El Periodico de Catalunya affirme nettement son « opposition à la censure sur Internet » sur la page d'accueil de son site Web. L'Unione Sarda, montre régulièrement qu'Internet permet aux collectivités locales de faire entendre leur voix sans avoir à rendre de comptes à l'Etat. En Allemagne et en Grande-Bretagne, l'attitude de la presse a évolué de la même façon qu'aux Etats-Unis. Effrayés par la nouveauté et les travers qui pourraient être générés, les journaux ont d'abord eu une approche négative, qui s'inversa par la suite. Comment s'est effectuée cette émergence de la presse électronique en France ? Le journal Libération ouvre la voie en proposant un cahier spécial multimédia et ce à un rythme hebdomadaire. Cette équipe de journalistes passionnés a tout naturellement fait évoluer ce supplément papier sur l'Internet. Avant la fin de l'année 1995, Libération et Lyon capitale ne sont plus les seuls à être présents sur le Web. Ils sont rejoints par Les Dernières Nouvelles d'Alsace et Le Monde.
Au printemps 1996, Nice-Matin faisait son apparition. Depuis, la liste s'est considérablement allongée. Citons pèle-mêle : Le Figaro, L'Humanité, Le Progrès, Le Parisien, La Voix du Nord, Le Républicain lorrain, Ouest-France, Sud-Ouest. La presse régionale ne se laisse donc pas distancer, comme l'affirme Bernard Lainé , du Syndicat de la presse quotidienne régionale : « Nous sommes conscients de nos atouts et de nos handicaps, nous avons une connaissance très précise de nos régions, une forte expérience télématique, une bonne numérisation de notre chaîne
éditoriale, une marque régionale très forte ; parmi les handicaps, notre information a une trop faible valeur ajoutée, nous devons tenir compte du trop faible équipement en ordinateurs de nos lecteurs. » Plusieurs magazines ou mensuels tels que Match, Elle et Télérama sont en ligne, comme toutes les chaînes de télévision hertzienne et plusieurs radios (France Info, France Inter, RFI). |