Avec qui ? Pour faire quoi ? Pour qui ?

Les premières difficultés auxquelles les groupes de presse sont très vite confrontés concernent les compétences. Fort de son expérience, un journal ne sera pas inquiété par la production de texte. Tout au plus, il lui faudra apprendre à penser « interface », « interactivité », « lecture écran » et à d'autres paramètres propres à l'écriture multimédia. Pour son illustration, il fera appel à ses services photographie ou infographique. Mais, de plus en plus, il devra intégrer son et la vidéo. D'où la question : avec qui dois-je m'associer pour développer les secteurs son, vidéo, et programmation ? La réponse peut venir de l'intégration de services spécialisés au journal ou de partenariat avec des sociétés extérieures. Citons l'exemple du Monde qui pour couvrir le Festival de Cannes de 1997, s'est associé à World Media et à Sipa presse. Grâce à leurs efforts conjugués, ils ont pu offrir un produit bilingue, où se côtoyaient, entre autres, des articles d'actualité et de fonds, des « morphings » esthétiques et une rétrospective imagée de tous les anciens festivals. La vitesse d'évolution des technologies va obliger la presse en ligne à innover, à trouver des solutions, si elle ne veut pas être mise à l'écart par ces concurrents, dont le métier initial est aussi d'informer.

Le Cyberjournalisme

L'arrivée de la presse en ligne étant récente, il n'y a pas encore de solution toute faite. Certains se contentent d'être uniquement présent là où d'autres s'investissent pleinement. De la simple reproduction des contenus existants à de nouvelles formes d'écriture, les options sont multiples. Il en va de même pour les modes de financement, par le lectorat ou par la publicité. Michel Colonna d'Istria (1) (responsable du service multimédia du Monde) constate l'évolution suivante :

« Et déjà déferle une nouvelle vague de "cyberjournalisme" avec des dizaines de magazines sur des centres d'intérêt variés, sans équivalent papier, qui tentent de fédérer des communautés virtuelles autour de leur thème de prédilection. Cybersphère ou La baguette virtuelle*, en France, explorent les chemins déjà défrichés par une série de "Webzines", comme on appelle outre-Atlantique ces pionniers qui traitent aussi bien de la vie nocturne à New York que de l'écologie. »

Les « Webzines »

Ils restent relativement marginaux et touchent un public restreint et très fidèle. Sur le réseau, la presse imprimée demeure donc la référence. Elle garantit la crédibilité et la notoriété du journal en ligne. Elle fournit aussi le fond informationnel qui va servir en totalité ou partiellement comme c'est le cas le plus souvent. Les services de rédaction dédiés uniquement au journal électronique relèvent plus de l'utopie, malgré une forte demande des journalistes. Michel Alberganti souligne l'intérêt de ces sites de presse, qui offrent, d'une part l'accès instantané aux archives du titre, à l'aide de moteurs de recherche, et, d'autre part, de multiples liens externes :

« Chaque article peut renvoyer à des documents publiés sur d'autres sites de la Toile. La carte du Zaïre éclaire les événements qui s'y déroulent. Un quotidien ne la publiera pas avec chaque article traitant de ce sujet dans son édition papier. (...) Si le journaliste joue toujours un rôle de synthèse nécessaire pour une lecture rapide, l'événement n'est plus circonscrit à sa seule interprétation des faits. Le lecteur dispose des moyens d'analyser lui-même les documents originaux de l'affaire, et de se forger ainsi une opinion plus indépendante. D'autant qu'il peut rapidement croiser les éléments fournis par plusieurs journaux. Le même travail réalisé à partir des versions sur papier se révèle à la fois fastidieux et beaucoup moins complet. »

Il se dessine ainsi progressivement ce qui pourrait être la spécificité de l'édition en ligne. "The Electronic Telegraph" s'avère exemplaire, comme le signale Michel Colonna d'Istria (2) :

« Tout en gardant une vitesse d'affichage raisonnable (car le débit des réseaux actuels est encore une contrainte majeure) il agrémente sa lecture de petits logos précisant la rubrique concernée ou la région du monde traitée. La navigation joue sur les différents niveaux de lecture : des sommaires courts, mais complets, des textes repris du quotidien, des éléments d'approfondissement. »

Un Nouveau lectorat

Les avantages propres à l'électronique sont donc multiples : rapidité de transmission, sélection de l'information, quantité d'informations accessibles. A l'écoute du marché, les acteurs cherchent également à mieux discerner ce nouveau lectorat et ses attentes.

Première constatation, les liens avec ce lectorat sont immédiats et interactifs. Ils permettent une connaissance approfondie bien supérieure à celle obtenue dans la presse traditionnelle. Ce qui n'est pas négligeable pour attirer des annonceurs publicitaires.

Deuxièmement, l'Internet évoluant à l'échelle mondiale, connaître le mode de consultation et les affinités des lecteurs sont des éléments fondamentaux pour qui désire s'implanter sur ce média (confrontation aux multiples cultures, différentes langues).