Nouvelles technologies, nouvelles perspectives

Quelle technologie permettra de cumuler l'interactivité à un fort débit et à un prix raisonnable ?

Les diffusions hertzienne ou spatiale peuvent transmettre à un débit suffisant, et sont en passe de résoudre définitivement l'interactivité, mais à quel prix ?

Le câble, avec son débit de 40 mégabits par seconde, est fort intéressant. D'autant que muni d'une « voie de retour » il devient interactif (selon Cyrille du Peloux, président du câblo-opérateur Lyonnaise Communications, 85 % des réseaux câblés français sont équipés de la sorte). Mais il est trop peu répandu. Seulement 10 % des foyers français sont câblés.

Ce n'est pas le cas du réseau téléphonique, largement développé et totalement interactif. Seulement, son débit n'est pas le même sur la totalité du réseau, qui se décompose en deux ensembles, comme nous l'explique Annie Kahn (1) :

« Le premier, le réseau de transmission, relie les centraux entre eux. D'ici à l'an 2000 il sera entièrement en fibre optique, une technologie qui permet d'acheminer l'information avec un débit de 2,5 milliards de bits par seconde.

En revanche, le réseau de transmission qui relie le central à l'abonné n'est aujourd'hui réalisé qu'avec une modeste paire de fils de cuivre, d'un débit environ 30 000 fois inférieur à celui de la fibre de verre. »

La fibre optique

La solution qui se profile serait donc l'installation de la fibre optique. Certains experts envisagent son déploiement généralisé sur l'ensemble du réseau pour 2010 ou 2015. Mais sa diffusion massive, vu son coût actuel, serait fort onéreuse. Ce qui explique l'hésitation des opérateurs téléphoniques comme nous le confirme Annie Kahn (2) :

« Ils préfèrent attendre que les services se développent. Mais il est vrai que ceux-ci ne prendront leur véritable ampleur que lorsque les infrastructures seront en place. Le problème bien connu de l'uf et de la poule. »

Quels sont ces services en expansion, susceptibles de fédérer un lectorat plus important ?

La première idée novatrice est la réalisation d'un journal entièrement personnalisé, qui est fonction des centres d'intérêt de l'utilisateur. Le concept du « Daily Me », est très simple : le lecteur choisit des thèmes auxquels il s'abonne. Une fois cette sélection établie, à l'aide d'un logiciel, l'ordinateur confectionne chaque matin une édition personnalisée. D'emblée, cette innovation technologique adaptée à la presse électronique apparaît comme très prometteuse. Toutefois, on peut se demander si l'on ne risque pas de dénaturer l'information diffusée. Du Sahel à la couche d'ozone détériorée, nombreux sont les sujets absents des sommaires des grands journaux.

La technologie du « Push »

Ella va encore plus loin. Elle permet d'acheminer à un utilisateur des informations sur des sujets qu'il aura lui-même sélectionnés. Après un certain temps d'inactivité de l'ordinateur, il s'affiche automatiquement sur l'écran des titres de sujets pouvant être consultés par un simple « clic ». De Netscape à Future Tense, en passant par Random Noise et Macromedia, les plus grands noms du Web intègrent à leurs outils ces types d'applications.

PointCast, le pionnier de cette technologie, offre gratuitement le logiciel et l'accès aux informations. La source de revenus est la publicité, omniprésente.

BackWeb propose une approche différente : elle se contente de vendre son système aux fournisseurs de contenu, qui l'utilisent en suite à leur guise moyennant une redevance.

Castane, de la société Marimba, met à la disposition de ses clients un «transmetteur» capable d'héberger un grand nombre de canaux. Ceux-ci peuvent soit distribuer de l'actualité, soit télécharger automatiquement des logiciels et aussi leur actualisation. Chaque éditeur gère personnellement son « transmetteur ». Marimba fournit une plate-forme permettant de circuler d'un canal à l'autre.

Le Communicator d'Intermind est destiné aux possesseurs de sites Web désireux de fidéliser leurs visiteurs par un abonnement. Dès que le site modifie une de ses pages, un signal est envoyé. Les « navigateurs » des abonnés s'ouvrent alors automatiquement sur la page modifiée. Seules les entreprises doivent payer une redevance pour utiliser le logiciel.

Arrive, de la société Ifusion, opte pour un univers proche de la télé-vision. Avant de s'abonner, l'utilisateur doit télécharger des environnements graphiques spectaculaires. Sur le canal, animations, séquences vidéo et musique sont au rendez-vous. Chaque canal offre une multitude de programmes éphémères ou permanents, que l'on peut sélectionner à l'avance ou en cours de visionnage.

Enfin, CNN Custom News (de la chaîne de télévision américaine CNN Interactive), réunissant en un seul système toutes les innovations proposées par ses différents concurrents, lance un service original. Yves Eudes nous le décrit  :

« CNN Custom News (informations sur mesure) propose aux internautes de créer leur propre journal à la carte, personnalisé, automatique et multimédia, mis à jour en permanence. (...) En option, Custom News offre un canal de diffusion automatique de type "Push", qui fait défiler des dépêches au bas de l'écran quelle que soit l'application ouverte, tout en obéissant au menu établi pour le journal personnel. (...) Par ailleurs, sa richesse est exceptionnelle, car, pour l'alimenter, CNN a passé des accords avec quinze agences de presse, une quarantaine de magazines spécialisés, allant du jardinage à la psychologie, et autant de revues économiques et financières. Ce flot permanent d'informations est traité en temps réel. »

Avec ces nouveaux canaux de diffusion automatique, les médias traditionnels retrouvent, sur Internet, une logique de fonctionnement unilatéral et hiérarchisé qui les séduit parce qu'elle leur est familière. Le « Push » est en effet une façon de revenir à l'abonnement, avec, en prime, des instruments sophistiqués pour suivre les habitudes des usagers.

Plusieurs constats s'imposent : la diffusion en direct suppose une connexion permanente à l'Internet, ce qui écarte d'emblée le grand public. Par ailleurs, on peut regretter l'aspect irrationnel parfois ludique que revêt une recherche sur le Web (du type « Pull ») qui favorisait la curiosité. Mais, inversement, cette technologie est un gain de temps considérable qui soulage l'utilisateur dans sa quête souvent laborieuse de l'information.

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