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Les années 80 : l'essor

Dernière mise à jour : 15 sept. 2021

Tout commence véritablement le 15 septembre 1982 lorsque USA Today adopte une nouvelle formule. Le quotidien américain choisit d'innover en privilégiant un traitement visuel de l'actualité. Il reprend à son compte cette maxime selon laquelle « un petit dessin vaut mieux qu'un long discours » et la met en pratique dans sa maquette très colorée.


Ce traitement de l'information va se répandre progressivement en suivant l'évolution des micro-ordinateurs (en fait, le Macintosh) et leurs implantations. Jean-Marie Chappé rapporte à ce sujet :

« L'infographie force la porte des salles de rédaction américaines, et à partir de 1986, l'Europe - l'Angleterre d'abord, l'Allemagne, puis la France, stimulée par les élections législatives, aujourd'hui l'Espagne - adopte ce nouveau mode d'écriture de l'information. »
Plusieurs agences voient le jour : avec KRTN Graphics Net (Knight-Ridder Tribune News) et AP (Associated Press) dès 1984. A Paris, Jacques Solomiac fonde alors l'agence Idé qui sera reprise en 1993 par Hilaire de Laage de Meux. En octobre 1988, Jean-Claude Bohsenbaum, ancien chef adjoint au service politique, crée AFP Infographie.La même année, Globus (service de cartographie créé en 1947) s'associe à DPA (agence de presse allemande). Puis Reuter (implantée dans plus de cent quarante pays) emboîte le pas en 1990. Son service Infographie pays francophones a pour rédacteur en chef Jean-Pierre Mattas. WAG (A Wonderfull World of Art and Graphic) apparaît en 1992, elle travaillera notamment pour le quotidien Info matin. Enfin, la toute dernière agence s'appelle Art presse (dirigée par Antoine Mazelier) et est née en 1994.
Pour finir cette rétrospective des principales agences, on évoquera l'agence Liaison, du groupe du même nom. Créé en 1988, après avoir absorbée la société, le Transparent, elle a fournit abondamment la presse quotidienne nationale, régionale et magazine. Depuis 1993, l'agence se consacre uniquement aux infographies de son propre groupe.


Comme on peut le constater, durant les années 80, on assiste donc à l'éclosion de plusieurs agences d'infographie en Europe. Les services intégrés aux journaux s'équipent de matériel de plus en plus sophistiqué et s'organisent progressivement. Mais les journalistes rédacteurs accordent encore une importance très relative à l'infographie. Ils n'ont pas souvent le réflexe d'extraire les données chiffrées et les pourcentages de leurs feuillets. Régis Baron , directeur médias de Reuter déclare :
« Les journalistes doivent accepter de couper leur texte, de laisser de la place aux images. Il est vrai que cela pose un problème au secrétariat de rédaction : comment ne pas casser la page en intégrant l'infographie ? »
En fait, si le rédacteur ne conçoit pas que son papier puisse être coupé au bénéfice de courbes illustrées, il peut parfois y recourir pour étoffer un sujet trop succinct. Le graphique a, dans ce cas, pour unique fonction celle de remplissage au détriment de l'information.

Malgré tous ces problèmes rencontrés, l'infographie, en dix ans, est devenue plus familière. Toutefois, elle n'a toujours pas acquis ses lettres de noblesse et il lui manque cette reconnaissance ultime qui la propulserait à la « une » des journaux.
C'est la guerre en direct, à l'heure du "prime time"
Le vendredi 18 janvier 1991, le journal Le Monde titrait : « Foudroyante offensive alliée contre l'Irak » ; « Jeudi, à une heure (heure de Paris), la Maison Blanche a ordonné le bombardement des sites stratégiques ». La guerre du Golfe aura de grandes répercutions sur l'avènement de l'infographie, constate Philippe Godard (1) :

« Les journaux, en panne d'images, se sont lancés dans d'impressionnantes cartographies pour expliquer une guerre sans événement saillant, mais vécue en direct au journal de 20 heures. Belle occasion pour la presse écrite de montrer ses capacités didactiques, premiers dérapages aussi avec une utilisation parfois excessive ou trop redondante de l'infographie. Bref, l'infographie a alors été adoptée dans son principe par l'ensemble des journaux. »
La meilleure illustration de ces propos se trouve également à la « une » de ce numéro du Monde (daté du vendredi 18 janvier). Elle est rédigée par Jan Krauze, correspondant à Washington :
« C'est la guerre en direct, à l'heure du "prime time", de la plus grande écoute, mais aussi dans l'obscurité, l'ignorance de ce qui se passe vraiment, sinon qu'il y a toujours ces éclairs dans le ciel, ces explosions. Il n'y a pas d'images, seulement la voix du journaliste d'ABC, des trois envoyés spéciaux de CNN, et puis des autres chaînes, NBC, CBS, et, à l'écran, une carte de Bagdad, la ville qui va être frappée, mais où ? »
Face aux autres médias, la presse a donc bénéficié d'un avantage certain pour couvrir cet événement majeur. En effet, le recul permit aux rédactions de mieux contrôler et d'organiser leurs informations, offrant ainsi une réflexion plus aboutie. Le choix du direct propre aux télévisions ou aux radios ne s'est jamais révélé très intéressant.
L'infographie a bénéficié de cet engouement pour l'information écrite. Plus encore, elle combla le manque d'image, évinçant la photographie, trop souvent tirée des archives.
La guerre du Golfe sera le révélateur de ce nouveau mode d'expression, la technique et les compétences étant également au rendez-vous. Analysons, dès lors, quelle réalité se cache au quotidien derrière la fabrication de ces schémas.




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